Critiquer

Vivre mal

Critiquer

Une femme qui donne régulièrement des formations professionnelles de qualité pour des entreprises nous dit : “Lorsque je regarde les évaluations des personnes qui ont suivi une de mes formations, même si 90% sont très satisfaites, il suffit qu’il y ait une mauvaise critique et je n’en dors plus pendant une semaine !”

Bien des restaurateurs sombrent dans la déprime lorsqu’ils voient leur restaurant être acerbement critiqué sur des sites où chacun peut donner son avis, peut évaluer, peut critiquer, peut commenter...

Il y a des gens dont c’est même le métier d’être “critique culinaire”. Souvent des stéréotypes dits de “divas” bien vaniteuses qui aimeraient faire la pluie et le beau temps, et surtout gagner de l'argent sur la base de leurs critiques... Mais, ces “critiques culinaires”, savent-ils seulement cuisiner ? Savent-ils ce que cela implique que de faire fonctionner un restaurant ? L’ont-ils seulement déjà expérimenté ? Bien souvent... non. Et pourtant ils critiquent, ils mettent une note, comme à l’école : “C’est bien ! C’est nul ! Peut mieux faire !”

Mais ne ferait-ils pas mieux que de se taire ? Se rendent-ils compte du mal qu’ils font autour d'eux en critiquant ainsi ? Tous ceux qui laissent leurs avis très négatifs sur Internet sur des établissements divers, restaurants, hôtels, et autres lieux qui accueillent du public, savent-ils cuisiner, choisir de bons produits de qualité, faire le ménage, faire un lit, choisir une literie de qualité, gérer du personnel, créer un lieu de vie agréable, ... ?

Non. Ils ne savent pas. Car s’ils savaient, s’ils en avaient l’expérience, ils ne feraient plus de telles critiques. Car ils sauraient que cela n’aide pas le restaurateur ni l’hôtelier. Au contraire, cela ne fait que les détruire. Détruire leur réputation, leur établissement, leurs équipes, leur moral... Tant d’efforts collectifs détruits par une simple petite critique laissée par des personnes bien vaniteuses, qui ne savent guère apprécier la vie.

Nous vous partageons un exemple vécu. Nous étions récemment dans un restaurant gastronomique. Le chef servait un gâteau au chocolat intégrant diverses saveurs et textures, moelleuses, croquantes, mousseuses. Nous estimions que c’était un chef d’œuvre et nous en gardons encore un excellent souvenir. Quelle ne fut pas notre surprise d’entendre une personne dire à la table d’à-côté, en faisant une grimace : “C’est bizarre comme gâteau !”, cherchant l’approbation de la personne qui mangeait en face d’elle.

Elle a peut-être laissé comme critique : “Cuisine bizarre ! Le moelleux au chocholat n’est pas si moelleux que cela ! Je n’y reviendrai pas !”

Et que pourraient en penser ceux qui liront sa critique ? Est-ce qu’ils auront envie de découvrir ce restaurant ? Quelles conséquences pour toute l’équipe de ce restaurant ?

Ce chef ira-t-il se reconvertir en servant de la mal-bouffe ? Si tant de personnes ne savent qu’apprécier une mousse au chocolat industrielle préparée à base de poudre mélangée à de l’eau en guise de dessert, tellement habituées à ce goût qu’elles ne le trouvent plus si “bizarre” ? Le mal est si banalisé.

Et ces personnes qui critiquent, auraient-elles le courage de le dire en regardant le chef dans les yeux ? N’y a-t-il pas une énorme lâcheté que d’attendre d’être derrière son écran pour “lâcher sa bombe” sur le restaurant ?

Quant à ceux qui lisent ces critiques sans avoir fait le pas de se faire leur propre idée sur ce restaurant ? Vont-ils à leur tour colporter ces mauvais avis ? Nous observons malheureusement bien souvent cela. Bien des individus colportent plus facilement les critiques que les honneurs. Cela fait plus d'audience apparemment... Médire, cela plaît à tant de monde.

Alors on critique, on critique, on critique, et pendant ce temps, ceux qui font des efforts pour faire de leur mieux croûlent sous ces critiques.

Nous nous demandons la chose suivante : lorsqu'il n'y aura plus personne pour tenir un restaurant, est-ce que les critiqueurs d'hier, privés de bons repas et ne sachant pas eux-mêmes bien cuisiner, se rendront compte de leur propre bêtise ?

Transposons ces critiques dans le monde du cinéma, du théâtre, du spectacle, de l'artisanat, de n'importe quel domaine d'activité qui est en relation avec du public, et même entre collègues, entre voisins, dans les villes, les villages... Il suffit de se poser en terrasse d'un café pour relever les sujets de prédilection : les critiques pleuvent, encore et toujours !

Comment faire face à cette épidémie de critiques ?

Nous voyons ici un geste simple à faire : ne plus jouer ce jeu de critiquer à tout va, de déposer ses avis, ses commentaires à tous les coins de rue. Abandonner ce geste, quitter ces sites Internet, ne plus les lire, ne plus les alimenter.

Les goûts ne sont pas les mêmes pour tout un chacun. Si la cuisine de ce restaurant est un chef d’œuvre pour certains et est “bizarre” pour d’autres, il nous semble préférable de se faire chacun son avis par soi-même. Entrer dans le restaurant, manger, remercier, éventuellement donner son avis directement à l’équipe - si elle est encline à le recevoir (cela est une autre affaire d'égo) -, et sortir ; y revenir si cela nous a plu. Ne pas y revenir dans le cas contraire, en se disant que d'autres pourraient peut-être l'apprécier donc que cela ne sert à rien de dire autour de nous qu'il ne nous a pas plu.

Comme avant, quoi...

Avant que tout le monde ne laisse ses avis n’importe où et les lise sans connaître les personnes qui les ont écrits, sans savoir s’ils trouvent que ce gâteau est un chef d’œuvre ou s’ils auraient préféré une mousse à base de poudre industrielle.

Parfois il est bénéfique pour la vie de savoir faire demi-tour lorsque nous avons pris individuellement et collectivement un mauvais chemin. Ne faisons-nous pas cela lorsque nous nous promenons en forêt lorsque le chemin devient impraticable ? Pourquoi continuer à travers les ronces lorsqu’il suffit de faire demi-tour ?

Faire la guerre Médire

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